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Date
10/03/2009
Titre
Christophe Sauvé a la foi manouche et batailleuse
Texte

Ce prêtre basé à Nantes chemine là où sont les gens du voyage. Se bat sur le front de l'injustice. Avance comme un funambule. Un livre lui est consacré.
Portrait

Il court, cet homme de 40 ans. « Pour me suivre, faut atteler la caravane », plaisante Christophe Sauvé. Dans ses veines, coule le sang des manouches. Lorsqu'adolescent, il découvre ses origines, il se reconnaît aussitôt dans ce peuple. Lui, l'adolescent bagarreur, épris de liberté, orgueilleux, part sur les traces de son histoire. « Sans mémoire, comment se projeter dans un avenir ? »

La mémoire, c'est un fil qu'il ne cesse de dérouler et sur lequel cet homme d'Église, sans soutane, marche en équilibre. Dans le roman, presque biographique, que lui consacre Michèle Arnaud, il lève le voile sur sa vie. « L'idée me trottait dans la tête. Les gadgé[ceux qui n'appartiennent pas à la communauté des Gitans]ne connaissent rien à notre histoire. Nous, on est au mémorial des inconnus»

Dans ce livre, il ne se met pas à nu. Par pudeur, par respect pour sa famille. Les souvenirs sont encore trop douloureux. Les premières pages, certes très romancées, restent fidèles à l'histoire des Tsiganes. La guerre, la persécution, la résistance à Nantes aux côtés des républicains espagnols. On y découvre une grand-mère blonde, belle et audacieuse. « J'aimerais qu'un jour on nomme des Justes chez les Tsiganes. »

Un génocide

L'autre bataille qu'il mène depuis plusieurs années, c'est celle de la reconnaissance officielle par l'État français du génocide dont a été victime son peuple. « C'est le combat de ma vie. » Mais pas le seul. L'autre, celui qu'il livre quotidiennement, c'est d'aider les gens voyageurs à vivre, à avancer, dans un monde où le mépris et la misère collent à leurs semelles.

Alors il court d'une aire d'accueil à un parking squatté. Se démène pour éviter qu'untel ne se fasse expulser de son petit bout de terre qu'il n'a pas le droit d'habiter. Appelle le maire, le député... Homme de réseau, il saura où frapper pour trouver du travail aux sortants de prison.

Christophe n'a assurément pas que des amis. S'il ne sort plus les poings, les mots fouettent parfois. Durement. « Mettez-nous au bord de la Loire et poussez-nous », jette-t-il à la figure de ceux qui refusent de voir des caravanes trop près de chez eux. « On n'est pas que des voleurs. » Un discours qui agace parfois les élus. « Ses positions, parfois manichéennes, peuvent bloquer les débats », estime Françoise Verchère, l'ancien maire de Bouguenais, à côté de Nantes.

Un jour, la route du curé croise celle des Roms. À Lyon, il vivra à leurs côtés durant des semaines, les accompagnera dans leur errance, allant jusqu'à tendre la main pour quêter avec eux, n'hésitant pas à voler « dans un garage des containers à huile vides qu'on leur avait refusés le matin ».

Une belle amitié

Cette aventure marquera le début d'une belle amitié avec un homme, Abraham dans le livre, Florindans la vie. Un lien très fort les unit désormais. Le fils de Florin porte le nom de Christophe. « Je suis son tuteur. Présent quand ça va, quand ça va pas. » Une expérience étonnante et inespérée pour cet homme tiraillé. « Parfois j'aimerais être père de famille. Avoir un fils qui continuerait la lutte. Mais je sais pourquoi j'ai dit oui à Dieu. »

De temps en temps, le doute s'insinue. L'envie de tout « larguer », de fermer à double tour sa maison coincée entre des HLM d'un quartier populaire de Nantes. Ça ne dure jamais. Il suffit d'une rencontre comme ce midi, avec un couple de voyageurs. « Ils m'ont dit : faut que tu baptises bientôt nos dix enfants. J'ai dit OK et je leur ai laissé mon numéro. »
Marylise COURAUD.
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