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Date
11/03/2009
Titre
La faculté de pharmacie ne veut plus des gens du voyage comme voisins
Texte

Il s'agit de la première fois où nous relayons un article de ce type. En effet, conformément à nos principes, nous ne diffusons sur notre site que les articles concernant les gens du voyage sur des sujets de nature à apporter des éclairages objectifs sur ce monde méconnu. Ici nous sommes face à une situation connue sur plusieurs territoires. Des cohabitations difficiles entre des familles de gens du voyage et des riverains conduisent logiquement à l'exaspération des seconds. Mais il est nécessaire d'aller au delà des apparences. En premier lieu le comportement de quelques uns ne peut et ne doit pas servir de base à la construction d'une représentation fausse des gens du voyage. En second lieu lorsque des comportement déviants sont présents l'expulsion des familles n'apportent jamais de véritable solution. Malheureument, trop souvent, dans des situations similaires, la seule solution retenue est l'expulsion des familles, ce qui ne fait que déplacer le problème. De vraies sanctions contre l'auteur des troubles est la seule solution pour résoudre ces difficultés et arriver enfin à faire preuve de plus de discernement. Expulse t-on l'ensemble des habitants d'un quartier lorsque des troubles de cohabitation existent avec un autre quartier? Ici, comme dans d'autres territoires, ce type de situation conduit inévitablement à alimenter une très mauvaise image des gens du voyage à partir d'une situation de conflit non réglée qui concerne des individus isolés dont le comportement est loin de représenter celui de la majorité des gens du voyage.

Hier, trois cents étudiants de « pharma » ont quitté leur amphi pour manifester. Ils ne protestent pas contre la loi LRU mais contre ce qui se passe dans la rue : la cohabitation avec les gens du voyage est difficile ; qu'un jeune ait été molesté le matin même les a décidés à battre le pavé.

PAR EMMANUEL CRAPET

metro@lavoixdunord.fr Daniel Vion a la mine des mauvais jours et ce n'est pas à cause du petit crachin qui tombe sur la rue du Professeur-Laguesse. Le doyen de la faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques suit de près trois cents de ses étudiants qui ont quitté les salles de cours pour manifester. Cette fois, il est au côté de ceux qui portent le mégaphone.

« Sortez les fusils »

Ce mouvement spontané a été lancé pour protester contre la présence de gens du voyage sur le trottoir en face de la faculté. « Nous sommes à nouveau envahis », écrit le doyen, dans un courrier adressé au préfet. Il y est fait mention d'« incidents », de « véhicule volé », d'« actes d'incivilité », de «  dégradations »... Le doyen s'inquiète aussi de la présence autour des caravanes de bouteilles de gaz « à proximité des locaux où nous stockons des produits très dangereux, notamment des bouteilles d'oxygène ».

L'exaspération a atteint son point culminant, hier, quand un jeune a été agressé. « Il a le nez cassé », jure une étudiante. Son seul tort aura été d'accompagner sa copine à la fac.

Vers 10 h 30, les étudiants ont crié leur colère, sans quitter l'enceinte de l'école. Côté rue, un homme sort la tête de sa caravane : « Sortez les fusils ». Si c'est de l'humour, ça n'a fait rire personne... Deux autres regardent le cortège avec un profond détachement ils viennent d'apprendre par les policiers que leur expulsion est prévue dans l'après-midi. « Il ne s'est rien passé », dit l'un « peut-être une petite dispute », reprend l'autre.

Dans la fac, les discussions sont souvent anxiogènes : « Les filles n'osent plus rentrer seules le soir, on se tasse à cinq ou six dans les voitures. » L'une d'elles lâche, encore essoufflée : « Ils ont essayé de rentrer dans la fac avec des barres de fer. » L'inquiétude est collective : «  Je me demande si je ne vais pas être obligé de fermer complètement notre établissement en faisant cesser toute activité », prévient même Daniel Vion. Faudra-t-il aller jusque-là ? Les premières caravanes ont commencé à quitter la rue du Professeur-Laguesse à midi (il en restait huit hier soir). Pour le doyen, ce n'est pourtant pas la garantie d'un retour à la normale : « La plupart de ces personnes ont déjà été expulsées cinq fois depuis septembre. » Personnels et étudiants de la faculté réclament maintenant que soient terminés les travaux de voirie en face de chez eux et que les bus circulent, enfin, dans l'allée centrale, afin d'éviter le stationnement sauvage des caravanes. •

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